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RETENTISSEMENTS PSYCHOLOGIQUES DE LA DREPANOCYTOSE
Si la douleur physique, une des plus intenses qui puisse être
décrite, semble d'emblée résumer le
vécu de la drépanocytose, il en est une autre,
psychique, plus diffuse qui s’étend à
l’ensemble de l’existence du patient. Cette douleur
ressentie dès le tout jeune âge et qui se
répète toute au long de la vie, suscite de
l’anxiété, de la tristesse voire un
syndrome dépressif masqué. La fatigue est source
d’accablement, de dévalorisation et de
culpabilité.
Ces affects pénibles persistent même en dehors des
manifestations de la maladie.
Atteinte somatique grave, la drépanocytose du fait de son
caractère génétique affecte la vie
familiale, la lignée, la descendance. Tout ce qui touche
à la filiation est emprunt d’un imaginaire
puissant, venant parfois perturber la compréhension des
modalités de transmission et provoquer des situations
conflictuelles au sein des familles
Imprévisible dans ses manifestations, la maladie bouleverse
la vie familiale et sociale du malade. Pendant l’enfance, la
maladie a pu induire, au sein de la famille des comportements de
surprotection ou au contraire d’exclusion et ainsi
déstabiliser la vie de couple des parents et celle des
membres de la fratrie. Adulte, le drépanocytaire risque de
ne pas assumer sa maladie et la peur du rejet de l’autre
vient amoindrir sa vie affective. Les conséquences de la
drépanocytose s’étendent de la
sphère privée à la sphère
sociale. Bon nombre de patients ont un retard dans leurs
études du fait d’hospitalisations à
répétition. L’entrée dans la
vie professionnelle est source d’angoisse, les patients
redoutent d’être victimes d’une
discrimination liée à leur état de
santé.
Pathologie du sang touchant en France en majorité une
population noire migrante, son retentissement présente des
spécificités culturelles. Le sang est porteur
d’une charge émotionnelle très forte.
Les explications rationnelles concernant la drépanocytose
sont filtrées par l’inconscient et
imprégnées
d’éléments liés à
la culture d’origine. Il est parfois nécessaire de
tenir compte des représentations traditionnelles de la
maladie. Cette pathologie est vécue par certains, comme une
maladie taboue, dont il ne faut pas parler : elle isole alors le
patient et l’enferme dans la honte
L’hôpital est un passage obligé pour le
patient drépanocytaire. Ce lieu qu’il
connaît depuis son enfance est particulièrement
investi. En grande majorité, les malades acceptent
l’aide psychologique lorsqu’il leur est
proposé. L’écoute et
l’accompagnement lui permettent de puiser dans ses propres
ressources pour affronter au mieux la maladie et vivre les moments de
souffrance comme moments constructifs.
Enfin, les associations des patients et de leurs familles constituent
un véritable soutien par les rencontres, les
échanges, le partage des connaissances et du vécu
de la maladie ainsi que par les diverses actions menées ici
et en Afrique.
J. Faure, psychologue, service des
maladies infectieuses et tropicales, Hôpital Tenon, Paris.
M. Romero, psychologue, service de
pédiatrie, Centre Hospitalier Intercommunal,
Créteil 94.
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